
Vers une mobilité adaptée aux enfants : jusqu’où peuvent-ils aller seuls ?
Réponse : aussi loin que le trajet semble sûr. Une mobilité adaptée aux enfants ne se résume pas à limiter le nombre de voitures. C’est la liberté pour un enfant de se déplacer seul, et le sentiment de sécurité qui rend cette liberté possible.
À l’occasion de la Semaine de la Mobilité 2026, cet article explore la question de la mobilité des enfants. De quoi s’agit-il exactement ? Pourquoi la liberté de mouvement des enfants s’est-elle réduite au fil du temps ? Et comment agir, notamment en tant qu’employeur ?
Devant l’école, huit heures et quart
Piétons et cyclistes, vélos-cargos et trottinettes, voitures et camionnettes, et même un camion égaré… tout ce petit monde se croise en tous sens. Une véritable effervescence. Un père regarde sa fille jusqu’à ce qu’elle ait franchi la porte d’entrée de l’école. Elle connaît le chemin par cœur. Pourtant, il l’accompagne chaque matin, parce que la rue ne lui semble pas sûre. Et parce qu’elle ne l’est souvent pas non plus, car chaque jour, quatorze enfants sont blessés sur le chemin de l’école en Belgique.
Jusqu’où un enfant peut-il aller seul ? C’est une question que toute famille se pose tôt ou tard. La réponse ? La liberté de déplacement d’un enfant dépend avant tout du sentiment de sécurité sur son parcours.
Qu’est-ce qu’une mobilité adaptée aux enfants ?
Concevoir les rues et les trajets en fonction des besoins de l’enfant, c’est partir de l’usager le plus vulnérable. Si un aménagement est sûr pour un enfant, il le sera aussi pour les autres. Deux initiatives changent aujourd’hui notre regard sur la mobilité. La norme 8-80+ de l’Agence flamande des routes et de la circulation postule qu’une rue où un enfant de 8 ans et une personne de 80 ans peuvent circuler en sécurité sera adaptée à tous. Et la Norme Enfant (Kindnorm) de la Ligue des familles (soutenue par le Commissariat flamand aux droits de l’enfant) demande que chaque décision en matière de mobilité tienne compte de son impact sur les enfants. La Coalitie Kindnorm, portée notamment par Mobiel 21, traduit ce principe en mesures concrètes : des itinéraires piétons et cyclables sûrs, ainsi que l’absence de trafic lourd aux abords des écoles.
Et cela porte ses fruits. En 1992, 90 enfants de moins de 14 ans avaient trouvé la mort dans la circulation en Belgique. En 2022, ils n’étaient plus que 8. Vias institue attribue notamment cette baisse à des infrastructures plus sûres et à la généralisation des zones 30 autour des écoles.
Un tournant décisif : l’entrée dans le secondaire
Vias institute, le centre de connaissance belge indépendant pour la sécurité routière et la mobilité, a interrogé en 2023 un échantillon de 640 enfants belges âgés de 10 à 14 ans sur la manière dont ils se rendent à l’école. 36 % des 10-11 ans vont seuls à l’école, contre 51 % des 12-14 ans.
Il est clair que le passage au secondaire change la donne :
- Qui les accompagne. Chez les 10-11 ans qui ne vont pas seuls à l’école, 63 % sont accompagnés par un adulte de la famille, contre 38 % des 12-14 ans. La part de ceux qui se déplacent avec un(e) ami(e) passe de 11 à 32 % aux mêmes âges.
- Comment ils se déplacent. L’utilisation des transports en commun bondit de 8 % chez les 10-11 ans à 26 % chez les 12-14 ans. La part des enfants conduits à l’école en voiture baisse, de 23 % à 14 %.
- Où ils se rendent. Une école secondaire se trouve généralement plus loin, dans un autre quartier, souvent le long de routes plus fréquentées.
En d’autres termes : du jour au lendemain, un enfant parcourt un trajet plus long, moins familier et plus fréquenté, seul ou avec des camarades tout aussi inexpérimentés. Ce n’est donc pas un hasard si, selon Vias, le risque d’accident augmente le plus à cet âge-là.
L’heure de pointe, point culminant du sentiment d’insécurité
Les enfants sont autorisés à se déplacer seuls de plus en plus tard. Et pour beaucoup, la cause est évidente : le trafic. 56 % des parents jugent le vélo dangereux à cause de la circulation (Coalitie Kindnorm/Mobiel 21) . L’heure de pointe du matin coïncide d’ailleurs avec le moment où les écoles ouvrent leurs portes.
Voilà le nœud du problème : le trafic qui rend le trajet vers l’école moins sûr est en grande partie celui des déplacements vers le lieu de travail.
- 8 ans : l’âge de partir à l’aventure ?
Le Commissariat flamand aux droits de l’enfant estime qu’à partir de 8 ans, un enfant devrait pouvoir parcourir seul de courts trajets connus, dans un environnement sûr. Dans la pratique, ce n’est que vers 12 ans que la moitié des enfants vont seuls à l’école. Lire la suite sur kinderrechten.be.
Qui peut rendre le chemin de l’école plus sûr ?
Si la liberté de déplacement d’un enfant dépend avant tout du sentiment de sécurité sur son parcours, la question devient : qui peut agir ? La commune et l’école, bien sûr. Mais aussi le parent et l’automobiliste qui passe. Et l’employeur a également une influence sur la sécurité aux abords de l’école.
La commune aménage la rue. Les rues scolaires sont reconnues dans le code de la route depuis 2018 : elles disposent d’une signalisation et de règles spécifiques afin de limiter la circulation autour des écoles. Et le bourgmestre désigne un surveillant habilité qui sécurise le passage piéton.
L’école est la mieux placée pour identifier les problèmes de mobilité dans le quartier. Ils peuvent être cartographiés avec la commune et la police via un plan de déplacements scolaires – une obligation à Bruxelles. Et avec un examen cycliste, l’école aide les enfants à acquérir les bons réflexes dans la circulation.
Le parent connaît le trajet entre la maison et l’école. Il doit absolument le parcourir régulièrement avec l’enfant, pour l’entraîner. L’automobiliste dépose un enfant à l’école ou ne fait que passer devant. Respecter la zone 30, anticiper les enfants qui traversent sans prévenir, établir un contact visuel au passage piéton… autant de réflexes essentiels aux abords de l’école. Pas besoin de budget ni de nouvelle politique pour cela.
L’employeur peut aussi agir, notamment sur les horaires et les modes de déplacement. En proposant davantage d’alternatives à la voiture, des horaires plus souples et une combinaison de travail sur site et à distance, il peut contribuer à alléger la circulation.
Aux abords de l’école, la sécurité est l’affaire de tous
Jusqu’où peut-on laisser un enfant aller seul ? La réponse ne tient ni à son âge ni à son courage, mais à la sécurité de la rue et aux dangers potentiels qui jalonnent son parcours. Or cette sécurité est l’affaire de tous. C’est d’ailleurs le sens du message de la Semaine de la Mobilité 2026 : une rue pensée pour les enfants est bénéfique à tous.
Sources : Ligue des familles, Police Locale, Mobiel 21, Vias, VSV, Code de la route






